Lepidium draba est une plante vivace communément appelée brocoli sauvage, pour son allure de petit chou brocoli lorsque les boutons de fleurs apparaissent. Elle appartient d'ailleurs à la famille des Brassicacées (ou Crucifères), tout comme le vrai brocoli Brassica oleracea.
Une rudérale autonome
Le brocoli sauvage est une plante thermophile, très présente sur les terrains calcaires du Midi de la France, et plus particulièrement sur des sols compactés et plutôt incultes : bords de routes et de chemins, talus, décombres...
Les Brassicacées comptent parmi les rares familles à avoir développé une certaine autonomie dans le captage de nutriments. Elles peuvent ainsi pousser sans la présence et l'aide d'une vie fongique ou bactérienne aérobie dans le sol. Cela explique que Lepidium draba puisse s'épanouir dans de tels milieux.

Brocoli cultivé habituellement
D'autre part, ses tiges puissantes traversent bien des obstacles : au jardin du Grand Jas, elle pousse sur les bords de chemins où nous la voyons souvent traverser des bottes de paille entières !
Brocoli sauvage
Un légume piquant et nutritif
Le brocoli sauvage est aussi appelé passerage, passerage âcre ou encore passerage drave, car une ancienne croyance lui prêtait la vertu de guérir la rage ! Dans le même genre botanique Lepidium, plusieurs espèces portent ce même nom (grande passerage, passerage champêtre...). Mais cet usage vétérinaire n'avait apparemment déjà plus cours au XIXe siècle.
D'autres propriétés thérapeutiques lui étaient connues alors : tonifiante, rubéfiante (rhumatismes), dépurative et diurétique (cystites, coliques néphrétiques). Mais la médecine n'en fait plus vraiment cas aujourd'hui.
On sait par contre que ses sommités fleuries contiennent de la vitamine C et qu'elle est riche, comme toutes les brassicacées, en oméga 3 et autres acides gras insaturés, en phosphore et en potassium. Ses bienfaits alimentaires sont donc innombrables.
Car la plante est comestible bien entendu ! Jeunes feuilles, boutons et fleurs ont une saveur (très) piquante, idéale pour relever un mesclun. On peut aussi l'utiliser comme légume cuisiné : la cuisson fait disparaître le piquant.
La floraison s'étale de la fin d'hiver jusqu'au milieu du printemps, voire jusqu'à l'été sous des climats plus frais.


ses fleurs sont aussi appréciées des poules
Une bienfaitrice envahissante
Le brocoli sauvage attire de très nombreuses petites bêtes qui viennent en butiner les fleurs (coléoptères, mouches, papillons, abeilles...), en sucer la sève (pucerons), y chasser (araignées) ou encore s'y reproduire. Elle participe ainsi à augmenter la biodiversité pour un meilleur équilibre de l'écosystème et, entre autres intérêts, à détourner le puceron vert du pêcher (Myzus persicae).
Lepidium draba fait partie des plantes qui captent le phosphore bloqué dans le sol et le rendent assimilable par les animaux et les autres plantes. C'est pourquoi elle pousse en abondance sur des sols carencés en phosphore assimilable, soit par érosion, soit par blocage.
Plus haut, nous disions qu'il s'agissait d'une espèce rudérale. Il est "amusant" de constater que ce mot définit à la fois les décombres, les lieux les plus ingrats comme les abords d'un chemin de fer... et les friches agricoles !
Bien sûr, car entre deux labours, un sol agricole classique est ce qui se fait de plus inculte : un fort compactage, beaucoup de chaleur, aucune vie du sol et très peu de minéraux à disposition des plantes, bref, une niche de choix pour la passerage qui ne s'y reproduit pas tant par les graines que par multiplication végétative, via ses rhizomes.

À ce propos, il est intéressant de remarquer que les plantes rhizomateuses poussent généralement sur les sols les plus compactés : elles sont en effet les plus à même d'y amorcer une aération de surface en traçant horizontalement, avant que d'autres systèmes racinaires puissent y plonger. Les rhizomes sont aussi un moyen de couvrir beaucoup plus rapidement que par les graines un sol à nu.
Pour toutes ces raisons, il n'est pas étonnant que le brocoli sauvage soit considéré comme une mauvaise herbe envahissante dans le monde agricole. Pourtant, la meilleure réponse à ce "problème" est, comme toujours, de laisser la plante faire son œuvre, décompacter la semelle de labour, rétablir le cycle du phosphore, nourrir la faune sauvage et régaler nos papilles !