Un bon paillage vaut 235 arrosages (environ)

Publié le 17 novembre 2016 à 21:20

Connaissez-vous ce dicton paysan : "un binage vaut deux arrosages" ? En effet, sur un sol travaillé et laissé à nu, mettre un coup de binette ou de houe permet de briser la croûte formée en surface par le soleil, le gel ou le battement de la pluie. Ainsi l'eau pénètre mieux et l'on arrose deux fois moins.

Mais passer son été à biner pour arroser tous les deux jours au lieu de chaque jour, c'est tout de même beaucoup d'énergie dépensée ! Surtout quand une simple couverture du sol permet de ne presque plus arroser…

Pailler !

Voilà pas mal d'années que nous vantons cette technique sans relâche, mais aucun article ne le détaillait dans ces pages. Alors allons-y !

Un paillage conserve l'humidité dans le sol en limitant l'évaporation ; il protège la terre des brûlures du soleil, de l'érosion du vent, du tassement et du lessivage par les pluies battantes ; il limite la levée des herbes non-désirées ; et, s'il est organique, il nourrit le sol en se décomposant. Servant à la fois d'abri et de nourriture, il favorise aussi le développement de la vie souterraine qui aère, enrichit et structure le sol, attirant du même coup de nombreux prédateurs de toutes sortes, qui réguleront les populations d'éventuels ravageurs. Il est donc essentiel de ne jamais marcher sur une zone de culture pour préserver à tout prix cette vie du sol et ne pas détruire son travail de décompactage.

Notons que, par habitude, nous utilisons le mot paillage comme un terme générique, synonyme de couverture du sol. D'aucuns préfèreront parler de paillage ou de paillis uniquement lorsqu'il s'agit de paille, et de couverture ou de mulch (anglicisme) pour les autres matériaux. Faites comme vous voulez !

Bref, pour pailler ou mulcher, à peu près n'importe quelle matière organique est intéressante : feuilles, écorces et branchettes d'arbre, paille, laine, etc. Il est préférable d'utiliser des matières qui n'ont pas subi de traitement chimique, cela perturberait grandement la vie du sol et donc les plantations.

Il est également possible d'utiliser des pierres ou des tuiles pour protéger le sol et le tenir au chaud. Indirectement, un couvert minéral nourrira tout de même le sol, grâce à l'activité des nombreux animaux qu'il abritera (cloportes, mille-pattes, araignées, perce-oreilles, staphylins, lézards, orvets...)

Pour notre part, selon les cas, nous utilisons de la paille bio, le broyat résultant d'une taille d'arbre, du mulch forestier (feuilles mortes de chênes, de frênes...), ou encore tout ce que nous récupérons en débroussaillant, en taillant ou en désherbant. Les meilleurs matériaux sont en réalité ceux dont on dispose sur place ! Tous ont leurs avantages et inconvénients : plus ou moins faciles à utiliser, plus ou moins énergivores à produire, gratuits ou payants, plus ou moins résistants au vent...

Le meilleur exemple de l'efficacité du paillage est bien sûr celui fourni par la nature en forêt : régulièrement, les arbres perdent des feuilles, des brindilles, des branches qui couvrent tout le sol d'une épaisse litière où grouille la vie.

Ainsi, cette litière est peu à peu décomposée par les vers, les insectes, les champignons, les bactéries..., créant une couche d'humus extrêmement fertile et léger, que de nouveaux débris végétaux viennent recouvrir, etc., etc.
Pour reproduire ce schéma sur un jardin, il suffit donc d'apporter un maximum de végétation et de la matière organique en décomposition, la seconde étant peu à peu produite par la première.

Dépailler ?

D'aucuns recommandent de dépailler à telle ou telle période, généralement au printemps, afin que la terre se réchauffe plus vite. Cette stratégie est intéressante dans les régions où l'hiver est particulièrement rigoureux, mais attention aux gelées tardives qui pourraient fortement nuire à la vie du sol ! Pour notre part, nous faisons le choix de garder la vie du sol à l'abri en permanence, comme le fait la nature, donc nous ne laissons jamais nos zones dépaillées... sauf pour un semis direct de petites graines.

La question revient souvent de savoir comment l'on peut semer lorsque le sol est couvert. En fait, il suffit généralement de regarder la taille de la graine : les grosses graines comme le maïs, le haricot ou la courge traversent 10cm de paillage sans problème (et même 20cm pour la fève). Par contre, pour semer en direct des carottes, radis, laitues, etc., on est forcé de dépailler le temps que ça pousse. On peut tout de même "saupoudrer" un paillage extrêmement léger qui ne gênera pas le semis et protègera un minimum le sol.

On a un peu poussé la paille
pour semer de la moutarde.


L'arrosage

Au printemps, l'épaisseur de la couverture est donc assez variable. Il est même possible de rajouter de la matière régulièrement au fur et à mesure que les plantations poussent. Des arrosages plus ou moins réguliers sont donc nécessaires (en fonction des pluies), pour les jeunes semis et les plants nouvellement transplantés.
Mais fin-juin début-juillet, lorsque la plupart des plantes potagères d'été ont bien grandi, nous rajoutons du paillage sur tout le potager jusqu'à atteindre, par exemple pour de la paille céréalière, au moins 20cm d'épaisseur. Et dès lors, nous n'arrosons plus le potager que toutes les 2 ou 3 semaines... s'il ne pleut pas, car s'il pleut régulièrement, nous n'arrosons plus de toute la saison !

Précisons que ces arrosages peu fréquents sont, par contre, relativement abondants, à raison d'un arrosoir (15L) pour 3 ou 4 plantes, afin d'aider les racines à plonger profondément et à gagner en autonomie.

En 2016, l'été exceptionnellement sec a nécessité que nous arrosions certaines zones tous les dix jours.

Votre chien consomme trop d'eau ? Paillez-le !

Le compostage de surface

Un autre avantage important du paillage est que l'on peut aussi y enfouir de la matière organique fraîche, comme la tonte d'un chemin, la fauche d'un engrais vert ou du fumier. Ces matières riches en nutriments ainsi abritées se compostent directement aux pieds des cultures et nourrissent le sol, au lieu de sécher au soleil et de perdre une grande partie de leur richesse dans l'atmosphère.
De la même manière, on peut enrichir son sol tout au long de l'année en déposant ses épluchures de cuisine çà et là sous le mulch.

Patience…

Cette belle couverture humide offerte au sol contente un grand nombre de petits animaux, et parmi eux les limaces ! D'innombrables stratégies plus ou moins contraignantes sont alors mises en œuvre par les jardiniers-pailleurs, pour freiner, piéger, noyer les mollusques voraces.
Là encore, nous faisons le choix de faire confiance à la nature.
Car un sol couvert et riche de vie fait aussi le bonheur des carabes, des staphylins, des lézards, des rongeurs... qui, eux, savent parfaitement réguler les limaces, du moment qu'on les laisse faire.